Racial Equity in the Caribbean

Webinaire "Racial Equity in the Caribbean"
mardi 15 mars à 12h  et 10:00 am (MX) / 11:00 a.m. (JA) / 12:00 p.m. (EC)
organisé en partenariat par Myriam Moïse (LC2S) avec ConnecCaribbean. 
Avec les interventions de Chelo Naranjo, Daniel Mato et Hilary Beckles. 

La traduction en simultanée sera assurée en français, anglais et espagnol, avec l'appui des organisations universitaires UDUAL/ECESELI et Universities Caribbean. 

Le lien pour s'inscrire est le suivant: http://bit.ly/UC-UDUALRACIALEQUITY

Webinaire de l’AFDEC

Le prochain Webinaire « (Re)penser les crises au prisme de l’exemple caribéen » de l’AFDEC aura lieu le 18 mars de 8h30 à 11h00 (GMT-4/Antilles). La session 1 porte sur le thème des Crises politiques et identitaires : la Caraïbe entre le local et le global.

Nos collègues de l’Université des Antilles ont répondu à l’appel.

Panélistes :

- Dimitri BÉCHACQ - Présidence de séance (Anthropologue, Chargé de recherche, Centre National de la Recherche Scientifique, LC2S UMR 8053, Université des Antilles;

- Éric JENNINGS (Historien, FRSC, Distinguished Professor, History of France & the Francophonie, Victoria College, Université de Toronto) ;

- Giulia BONACCI (Historienne, Chargée de recherche, Institut de Recherches pour le Développement (IRD) - URMIS, Université Côte d'Azur (France) ;

- Christelle LOZÈRE (Historienne de l'art, Maître de conférences, Université des Antilles, LC2S UMR 8053)

Animation :

Sally STAINIER - Présidente de l'AFDEC ; Victoria VILO - Vice-présidente de l'AFDEC

Horaires : GMT -5 / EST : 7:30-11:00 am ; GMT -4 / Antilles : 7:30-11:00 am ; GMT + 1 / Paris : 13h30-16h00 pm

Accès : 
https://afdecarib.org/webinaires

Pour consulter, le programme via le lien Calaméo (https://www.calameo.com/read/00662673328e445b72b18).

Réunion de restitution du projet SOCLIMPACT

Le projet est coordonné par l'Université de Las Palmas de Gran Canaria, à travers son Institut universitaire du tourisme et du développement économique durable (Tides) avec un consortium de 24 partenaires, a été financé par la Commission européenne dans le cadre du programme Horizon 2020. Par l’intermédiaire du laboratoire du LARGE pour la modélisation climatique et les mesures physiques et le LC2S pour la dimension socio-économique, l’Université des Antilles est partenaire du projet aux Antilles françaises.

Les îles sont des territoires singuliers, appartenant à l'UE avec pour certaines d’entre elles le statut de régions ultrapériphériques et de hotspots de la biodiversité mondiale. Leurs écosystèmes se sont développés en isolement, loin des continents, ce qui a entraîné le développement de nouvelles espèces adaptées aux contraintes uniques de la vie insulaire. Chaque île a un climat et une géographie distincts, ce qui se traduit par une faune et une flore adaptées. Cependant, le changement climatique contribue au déclin progressif de cette biodiversité extraordinairement riche. En outre, l'océan qui les entoure est d'une importance cruciale, car les eaux océaniques absorbent de grandes quantités de CO2, ce qui contribue à atténuer le réchauffement climatique d'origine humaine, mais provoque une acidification des océans ayant ainsi des effets dramatiques sur les espèces calcifiantes. Les effets du changement climatique sur les principaux organismes et écosystèmes marins et côtiers sont déjà détectables, et plusieurs d'entre eux seront confrontés à un risque élevé d'impacts bien avant 2100, y compris dans le cadre du scénario de faibles émissions.

Le projet SOCLIMPACT vise à modéliser les effets du changement climatique à échelle réduite et leurs impacts socio-économiques dans les îles et archipels européens pour 2030 - 2100 dans le contexte de l'économie bleue de l'UE, et à évaluer les voies d'adaptation correspondantes, complétant ainsi les projections actuellement disponibles pour l'Europe, et alimentant les modèles économiques réels avec une évaluation non marchande. Plus précisément, douze îles et régions ultrapériphériques européennes sont analysées dans le cadre d'études de cas : les Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe), les Açores (Ilha do Faial, Ilha de Sao Miguel e Ilha do Pico), les Baléares (Majorque), les îles de la Baltique (Fehmarn), les Canaries (Grande Canarie), la Crète, Chypre, Madère, Malte et la Sicile.

Les nouveautés de cette action sont, d'une part, d'utiliser efficacement un processus participatif impliquant 12 acteurs et universitaires des îles pour produire des projections précises et adaptées du changement climatique dans le contexte des îles, en tenant compte de la relation entre les scénarios de changement climatique, les impacts biophysiques et les spécificités de chaque île. D'autre part, il aborde le problème du manque évident de simulations de vagues à haute résolution comprenant les îles de l'Atlantique, par l'élargissement de la base de données Med-Cordex et la taille des simulations couplées atmosphère-océan, non publiées à ce jour. Alors que la région méditerranéenne est suffisamment couverte par les données déjà disponibles sur les vagues et les ondes, les ensembles de données climatologiques décrivant les ondes dans l'océan Atlantique, et spécifiquement pour les îles analysées, font généralement défaut. La climatologie des vagues disponible sur l'océan Atlantique comporte une résolution trop faible ; et de nouvelles simulations dédiées ont été réalisées, avec des résultats satisfaisants. Enfin, les estimations des impacts du changement climatique sur les systèmes économiques des îles ont été réalisées en combinant les liens structurels et fonctionnels entre les îles et le reste de l'UE avec une nouvelle combinaison de deux modèles d'équilibre général.

La réunion de restitution du projet se tiendra le 23 mars 2021. La conférence est intitulée "Premier sommet européen des îles sur le changement climatique". Il s'agit de l'événement le plus important organisé par le projet, au cours duquel des universitaires, des représentants de haut niveau des îles et des régions ultrapériphériques de l'UE ainsi que des membres de la Commission européenne analyseront les avantages connexes et les voies d'adaptation à long terme qui permettront de construire des archipels plus résilients. (Inscriptions ICI)

Soutenance d’HDR

Le LC2S à le plaisir d’annoncer la soutenance du Dr. Jean-Raphaël GROS-DESORMEAUX en vue de l’obtention de l’Habilitation à Diriger des Recherches.

Celle-ci se tiendra le mercredi 03 Mars 2021 par visioconférence à 09 : 00 en Martinique, 10 :00 au Brésil et 15 : 00 en France hexagonale.

Lien de connexion: http://apps.univ-antilles.fr/mediaplayer/soutenance.html

Composition du jury

  • ANGEON Valérie, Directrice de recherche, INRAE ;
  • AUDEBERT Cédric, Directeur de recherche, CNRS ;
  • BRETAGNOLLE Vincent, Directeur de recherche, CNRS ;
  • DANIEL Justin, Professeur, Université des Antilles ;
  • LEONE Frédéric, Professeur, Université Paul-Valéry, Montpellier 3 ;
  • MAZUREK Hubert, Directeur de recherche, IRD ;
  • SMITH-RAVIN Juliette, Professeure, Université des Antilles ;
  • TUPIASSU Lise, Professeure, Université Fédérale de Para, Brésil.

Membre invité

BURAC Maurice, Professeur retraité

Appel à communication

Les échouages massifs d’algues sargasses, qui affectent plus particulièrement les îles du bassin caribéen, soulèvent des problèmes sanitaires, économiques et environnementaux majeurs. Dans le cadre du Plan national de prévention et de lutte contre les Sargasses, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a chargé l’ANR de lancer un appel à projets conjoint avec l’ADEME, les collectivités territoriales de Guadeloupe, Martinique et Guyane et les agences brésiliennes FAPESP et FACEPE, afin d’améliorer les connaissances et proposer des solutions adaptées au contexte local.

Douze projets de recherche ont été retenus dans le cadre de cet appel doté de 8,5 millions d’euros. Ils associent des équipes françaises et des pays de la Caraïbe et d’Amérique, et portent sur la caractérisation des sargasses, sur la prévision de la formation des bancs et de leurs trajectoires en mer et en proche littoral, sur des approches de valorisation et de suivi écologique, sur les impacts sanitaires et environnementaux, et sur des stratégies de gestion et d’adaptation.

Parmi ces 12 lauréats, le programme CÉSAR décrira et expliquera la dynamique des flux côtiers de sargasses à des échelles spatiales locales, leurs impacts sur les côtes des îles des Caraïbes et étudiera les différentes pistes explorées par les institutions politiques pour traiter ce problème environnemental. C'est dans ce contexte que les travaux scientifiques du « Ier Séminaire international – Regards croisés entre l'Amazonie et la Caraïbe sur la question des Sargasses » et de la « VIII Semaine de coopération internationale Amazonie-Caraïbes : Gestion et utilisation du territoire amazonien le long des bassins de Tapajós et Araguaia-Tocantins » ambitionnent de mettre en œuvre une vision interdisciplinaire en croisant la cartographie et le droit, l’écologie et le droit, le droit international de l’environnement et les relations internationales.

Les modalités de soumission d’une communication sont consultables ici.

COLLOQUE INTERNATIONAL

Memorial Diamant

Université des Antilles et Le Mans Université, 7 – 8 – 9 décembre 2021, Schoelcher, Martinique 

Invité d’honneur : Achille Mbembe

Appel à communications

La question des discriminations et du racisme est plus que jamais au cœur des débats aujourd’hui en Europe, en Amérique et en Afrique. Le meurtre de George Floyd par des policiers de Minneapolis a révélé de nouveau et de manière brutale les conséquences mortifères d’un racisme structurel contesté par le mouvement « Black Lives Matter ». Des manifestations ont suivi pour exiger une nécessaire relecture de l’Histoire à travers ses symboles, des statues représentant des figures historiques qui avaient un lien avec l’Histoire de l’esclavage aux États-Unis, au Canada, en Grande Bretagne, en France, en Martinique, en Guadeloupe, à Barbade, à Trinidad-et-Tobago, à la Réunion, en Afrique du Sud ou au Sénégal. Il devient alors manifeste que le poids du passé écrase encore le présent, que les idéologies et les préjugés sont toujours transmis à travers le temps et les générations et perpétués par des groupuscules comme le Ku Klux Klan. Malgré toutes ces luttes qui ont abouti à l’abolition de l’esclavage, malgré les revendications pour les droits civiques et les Droits humains, les oppressions intersectionnelles persistent et le combat pour l’égalité et la justice doit se poursuivre. Le travail de mémoire a été mis en place mais la question fondamentale est de savoir s’il permet de changer les sociétés et de faire avancer les esprits vers plus d’équité et de respect de l’être humain quelle que soit sa couleur de peau. C’est ce qu’exprime Achille Mbembe qui souscrit pleinement au projet de montée en humanité prôné par Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs. Dans l’épilogue de sa Critique de la raison nègre,Mbembe nous invite à mettre en commun nos différences, à élargir nos conceptions de la justice et de la responsabilité, et à nous défaire du fardeau de la race. « Il n’y a qu’un seul monde » affirme Achille Mbembe, « l’on aura beau ériger des frontières, construire des murs et des enclos, diviser, classifier, hiérarchiser, chercher à retrancher de l’humanité ceux et celles que l’on aura rabaissés, que l’on méprise ou encore qui ne nous ressemblent pas, ou avec lesquels nous pensons que nous ne nous entendrons jamais. Il n’y a qu’un seul monde et nous en sommes tous des ayants droit » (2013: 260-262).

Ce colloque nous invite en effet à envisager cette montée collective en humanité au prisme des créations littéraires, artistiques et socioculturelles qu’il s’agira d’explorer afin de repenser les espaces mémoriels et les représentations des lieux du trauma. Il propose d’aborder la manière dont les mémoires de l’esclavage pourraient être formulées et représentées différemment dans le présent afin de décoloniser les esprits et les mentalités. A titre d’exemple, ce désir de décolonisation culturelle et de changement se manifeste par l’utilisation consciente d’un vocable nouveau dans la langue anglaise. En effet, il est primordial de rompre avec l’esprit de la colonisation qui a réduit l’individu à une marchandise dans les comptes du commerce triangulaire. Il s’agit de changer la manière dont se conçoit l’asservissement de l’autre dans les esprits en utilisant des mots qui attirent l’attention sur les personnes (enslaved) dont le droit à la liberté est retiré par un système qui déshumanise (enslavement) plutôt que sur un statut (slave). L’action des propriétaires d’esclaves est également mise en lumière par le vocable enslaveremployé à la place de celui de master. S’il est vrai que la traduction du terme enslaveden français (esclavisé) commence à être utilisé en France dans les recherches les plus récentes sur l’esclavage, comment ce glissement sémantique s’applique-t-il véritablement en français ou dans d’autres langues comme l’espagnol? Décoloniser les mémoires de l’esclavage consisterait en effet à modifier le cadre terminologique donné tout autant que les modes de penser le passé et la place des individus dans l’Histoire.

Comment les arts et la littérature participent-ils à changer la manière dont est représenté et commémoré le passé de l’esclavage? Quelles techniques narratives ou picturales permettent de repenser les dynamiques de pouvoir qui ont produit une culture hégémonique laissant peu de place à l’humanité de l’Autre? Comment mettre en exergue les complexités des espaces mémoriels et les lieux du trauma pour poursuivre le processus de décolonisation culturelle? Comment décoloniser les mémoires à l’ère d’Internet et de la puissance des réseaux sociaux? Comment opérer un devoir de mémoire à travers les nombreux médias qui ne sont réactifs qu’à l’immédiateté? Notre réflexion devra examiner comment les écrivains et les artistes de manière générale réinventent le langage et l’image afin de recouvrer la subjectivité des êtres humains qui furent les prisonniers des systèmes du commerce triangulaire et de l’esclavage. Les propositions de communications pourront porter sur les possibilités de reformulations des mémoires de l’esclavage à travers les productions littéraires et artistiques, mais également sur le pouvoir des commémorations ayant suivi l’adoption de la loi Taubira (23 mai 2001) qui reconnaissait la traite et l’esclavage comme « crimes contre l’humanité ». Comment les universitaires et enseignants s’expriment-ils en rapport avec l’article 2 de la loi Taubira qui affirme: « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent » ? Ce colloque invite les intervenants à analyser comment le passé de l’esclavage peut devenir l’objet d’une mémoire commune au-delà des récits de l’abolition.

Comité d’organisation:

Myriam Moïse

Dominique Aurélia

Christelle Lozère

Delphine Letort

Benaouda Lebdai

Eliane Elmaleh

Comité scientifique:

Dominique Aurélia (U. des Antilles)
Dimitri Béchacq (CNRS)
Bjorn Enge Bertelsen (U. Bergen, Norvège)
Myriam Cottias (CNRS)
Eliane Elmaleh (U. Le Mans)
Benaouda Lebdai (U. Le Mans)
Christa Maria Lerm-Hayes (U. Amsterdam, Pays Bas)
Delphine Letort (U. Le Mans)
Christelle Lozère (U. des Antilles)
Myriam Moïse (U. des Antilles)
Consuelo Naranjo Orovio (Instituto de Historia, CSIC, Madrid)
Sara Perry (Museum of Archeology, Londres)
Jean-Pierre Sainton (U. des Antilles)

Paula Mota Santos (U. Fernando Pessoa, Porto, Portugal)

Les propositions de communications (@350 mots) + bio-biblio (@150 mots) sont à envoyer au plus tard le 30 mars 2021 aux deux adresses suivantes:

Myriam Moïse : myriam.moise@fulbrightmail.org

&

Benaouda Lebdai:  benaouda.lebdai@gmail.com.

URL DE RÉFÉRENCE : https://decolonisation.sciencesconf.org/

Accueil en délégation CNRS

Le LC2S accueille en délégation CNRS (2020-2021)  Isabelle Dubost, anthropologue, maîtresse de conférences  à l'Université des Antilles et membre du LC2S pour un projet de recherche intitulé : "Mobilités, ancrages et appartenances dans la Caraïbe : être d'origine syrienne, libanaise, palestinienne et chinoise à la Martinique ; être d'origine libanaise et chinoise en Guyane".

Obtention d’HDR

Le LC2S a le plaisir et l’honneur d’annoncer l’obtention avec brio de l’Habilitation à Diriger des Recherches par Madame Karine GALY.

Spécialisé dans les Sciences juridiques, son mémoire a pour titre : REGIONALISME, REGIONALISATION ET COOPERATION INTERNATIONALE DANS L’ESPACE CARAIBE - De la contribution de la règle de droit international au développement d’un régionalisme innovant.

Résumé complet :

Les travaux présentés en vue de l’Habilitation à Diriger des Recherches, explorent les ressorts du droit régional caribéen, au prisme notamment, du principe de la coopération internationale. Ils amènent ainsi à envisager les fonctions et objectifs de la règle de droit comme fondement d’un ordre juridique original.

La coopération internationale constitue l’un des principes cardinaux du droit international public traduisant à la fois une aspiration et une nécessité, fondée sur l’émergence d’un universalisme juridique. Les carences maintes fois soulignées du droit de la coopération universelle ont cependant largement favorisé le développement d’une régionalisation de cette coopération et partant, l’expansion du régionalisme international. Les multiples études sur le régionalisme montrent que ce phénomène est le creuset de multiples dynamiques, tantôt présenté comme la transposition à une échelle réduite, de la coopération développée au niveau mondial, tantôt comme s’inscrivant dans le cadre d’un processus d’institutionnalisation dont la forme la plus aboutie est l’organisation régionale. En tout état de cause, ce régionalisme traduit le caractère allotropique de la coopération internationale.

Nonobstant le fait que le phénomène régional ait été historiquement circonscrit au continent européen, le régionalisme a été expérimenté sur tous les continents. Le continent américain a ainsi développé une expérience du régionalisme qui a mobilisé la majeure partie de nos études. Dans cette perspective, l’étude du régionalisme dans cet espace présuppose de déterminer les contours de la zone en question. L’approche de la zone Amérique initialement envisagée dès le travail de thèse sous l’angle binaire de l’unité et de la diversité, avec une préférence nette pour l’approche unitaire, a évolué privilégiant de la sorte la caractérisation de « sous espaces ». C’est en ce sens que nos diverses contributions ont pu mettre en évidence la particularité de l’espace Caraïbe, entendu à la fois dans sa dimension insulaire et continentale. Elles ont ainsi révélé que, nonobstant les difficultés de définition de l’espace considéré, envisager la Caraïbe au prisme de la règle de droit, apporte des éléments de structuration de l’espace, car, les multiples dimensions géographique, historique, culturelle ou autres, peuvent être complétées et expliquées par la règle juridique. Cette approche renvoie ainsi à la dimension spatiale du droit, et donc à la qualification de situations ou à la théorie de la territorialité du droit. Envisagée essentiellement sous l’angle de l’État, la territorialité du droit constitue, une analyse renouvelée des frontières, des espaces et s’appréhende également à l’aune des règles du droit international. Outre la dimension spatiale du droit, envisager l’espace caraïbe au prisme de la règle de droit amène également à identifier la nature de l’espace juridique considéré. L’espace juridique est généralement caractérisé comme un lieu de production normative au sein duquel la règle reconnait des droits et impose des obligations. Il est proche de la notion d’ordre ou de système juridique. Au plan régional, et sans revenir sur le caractère aléatoire de la notion de région, l’espace juridique renvoie à la nature des règles sécrétées par un ordre juridique régional. Dans l’espace caraïbe spécifiquement, le régionalisme comporte de multiples dimensions qui nourrissent les réflexions sur le fait régional, et présente des modalités renouvelées.

Les recherches en vue de l’habilitation à diriger les recherches visent à mettre en exergue les singularités du régionalisme caribéen à travers deux thématiques phares :

  • D’abord, la construction d’un régionalisme dynamique, mais complexe, caractérisé par son polymorphisme, fondé entre autres sur l’existence d’un droit régional porteur de valeurs communes.
  • Ensuite, l’émergence progressive d’un régionalisme spécifique, tenant compte des territoires non indépendants de l’espace, et singulièrement, des collectivités infra-étatiques françaises et européennes qui se voient reconnaitre des capacités d’action internationale accrues.

Précisément, le régionalisme caribéen présente des traits caractéristiques dont la typicité n’a certainement pas été suffisamment mise en exergue. De l’ensemble des études sur le régionalisme caribéen, il ressort une approche segmentée, voire sectorielle, laissant la place à une approche permettant d’en saisir les soubassements et la dynamique. Ici encore, la règle de droit permet d’atteindre cet objectif. En effet, en prenant en compte les attentes normatives, sociales, ou autres des partenaires, elle témoigne du caractère rhizomique, allotropique de ce régionalisme désormais frappé par une complexité multiple (complexité des modes de production normative, des modes d’articulation des normes…) et une flexibilité nécessaire. En d’autres termes, le régionalisme caribéen est caractérisé par son extrême richesse et complexité, s’exprimant tant au plan organisationnel, institutionnel, normatif ou autre, expression du caractère multidimensionnel de la zone caraïbe, et que la règle de droit tente de juguler.

D’emblée, le régionalisme caribéen est historiquement marqué par l’expérience coloniale et singulièrement par l’influence des territoires britanniques, sans doute due à l’antériorité des regroupements régionaux entre pays issus de la colonisation britannique. Ces expériences historiques révèlent par ailleurs le caractère réticulaire de ce régionalisme, marqué par sa volonté d’institutionnalisation. Ainsi, plusieurs voies seront explorées avec plus ou moins du succès : d’abord politique puis économique avec des mécanismes d’intégration et/ou de coopération régionale.

En tout état de cause, la volonté de « faire ensemble » articulée à la recherche d’une identité caribéenne (West indianism), a forgé dans l’espace caraïbe un régionalisme de conviction, visant à assurer la viabilité des souverainetés des jeunes nations caribéennes.

En ce sens, ce régionalisme s’enracine dans une idéologie, fondée autour de valeurs spécifiques, communes aux pays de la zone. Ainsi, il s’implante, en dépit de l’hétérogénéité des situations, sur une matrice conceptuelle claire, résultant de la conviction que l’intégration et la coopération régionales ne doivent pas se limiter à la coordination des stratégies et politiques économiques, pour assurer les meilleures conditions de vie aux peuples. La paix, le respect des droits de l’homme, de l’environnement, autrement dit les valeurs reconnues au plan universel, sont les terreaux fertiles d’une telle dynamique et sont présentées comme des finalités et des fondements intrinsèques des intégrations. Cependant, si la question des valeurs n’est pas simple à aborder tant elle est connotée et polysémique, dans l’espace caraïbe, la contribution des organisations régionales à la mobilisation de ces valeurs collectives, présente des particularismes qu’il convient de souligner.

Le régionalisme caribéen est également influencé et imprégné par des facteurs divers et variés : l’on peut à cet égard citer sur le plan international, l’émergence d’un nouvel ordre économique international justifiant des revendications d’adaptations juridiques, économiques ou autres. On peut également faire référence au développement de la globalisation économique et de la mondialisation notamment sous l’impulsion des institutions internationales et impliquant une refonte voire la création de nouveaux mécanismes de regroupements régionaux. Mais le régionalisme caribéen est également forgé par des facteurs internes à la zone Caraïbe-Amériques lorsqu’il s’agit de considérer le développement d’initiatives en provenance de l’Amérique du Nord ou de l’Amérique du Sud. C’est d’ailleurs dans ce contexte de forte polarisation que le régionalisme caribéen réaffirme de manière parfois contradictoire, sa dimension identitaire. En ce sens, il peut être fait référence à la constitution de l’Association des États de la Caraïbe (AEC) qui traduit l’institutionnalisation de la Grande Caraïbe, et se veut le lieu de confluence visant à favoriser le développement de liens entre les zones anglophones, hispanophones et francophones de la Caraïbe.

Au regard des territoires francophones, si pendant longtemps, ils sont tenus à l’écart de leurs voisins les plus immédiats, la reconnaissance en leur faveur d’un droit de la coopération régionale et de l’action extérieure, constitue également un élément original. En effet, et de manière générale, de nombreuses évolutions dans le sens de l’autonomie ont pu être observées qu’il s’agisse des territoires néerlandais ou des territoires français. Analysées au prisme du régionalisme, elles entrainent immanquablement des novations. Elles ainsi renvoient à la problématique de la participation des territoires non indépendants aux organisations régionales, à leur apport au droit régional et de manière plus générale, de la place des entités infra étatiques en droit international. C’est là un aspect original, une nouvelle forme d’expression et de conceptualisation du régionalisme qui, dans l’espace caraïbe trouve une expression particulière, eu égard au fait qu’il s’agit d’une des régions du monde où il existe une variété de territoires non indépendants – catégorie au demeurant hétérogène - ce qui n’est pas sans incidence sur le régionalisme à l’œuvre. À cet égard, l’étude des collectivités territoriales françaises de l’espace caraïbe présente un intérêt particulier. Très tôt et à l’aune des grands mouvements de décolonisation au plan mondial, annonçant la création d’un droit du développement, la coopération de ces collectivités avec leurs voisins immédiats donne lieu à l’émergence d’un droit de la coopération régionale marquée par son caractère original. En effet, si l’intégration des territoires français de l’espace caraïbe à la République justifie d’appréhender leurs relations avec l’extérieur de manière particulière, la coopération de ces collectivités territoriales avec leurs voisins caribéens, constitue une longue conquête, faite d’avancées et de stagnations, mais néanmoins fondée sur l’importance d’assurer leur développement qui se veut viable et pérenne. Ainsi, dès le début des années 80, les réformes liées à la décentralisation, introduisent des possibilités d’action à l’international d’abord timides en faveur des collectivités locales puis spécifiques aux collectivités ultramarines qui se voient reconnaitre à partir de la loi n° 2000-1207 du 13 décembre 2000 d’orientation pour l’outre-mer, de véritables compétences de coopération régionale avec les États et territoires de leur zone géographique. Dans le même temps, les liens entretenus par ces collectivités avec la Communauté puis l’Union européenne sont porteurs d’une dynamique complémentaire dans le sens d’un renforcement du soutien à la coopération régionale. En effet, très tôt et notamment à la faveur de l’adoption des conventions de Lomé par la CEE et plus largement de la construction européenne, la nécessité de l’insertion de ces collectivités dans leur environnement géographique se fait sentir, conduisant à faire de l’Union européenne un acteur majeur dans la reconnaissance et la construction d’un modèle original de différenciation juridique fondé sur le développement de l’action extérieure de ces collectivités.

La reconnaissance de cette « condition internationale » des collectivités infra-étatiques et infra- européennes de la Caraïbe, oscillant entre déconcentration et décentralisation, révèle le caractère spécifique et original du régionalisme caribéen tenu de composer avec des territoires à la diversité statutaire, institutionnelle et politique.

Appel à articles, Revue Macte (prolongement 31 juillet 2021)

sculpture jean-Baptiste Carpeaux

La Caraïbe est aujourd’hui confrontée à une profonde crise sociale, environnementale et politique. Les récents bouleversements climatiques et virologiques ainsi que la paupérisation des populations vulnérables, contribuent à la montée des irrédentismes (nationalismes et des communautarismes entre autres), amplifiés par le mouvement international Black Lives Matter. Les héritages du passé esclavagiste, les plaies encore ouvertes, nourrissent les revendications identitaires, les postures militantes, les actes de destructions performées envers les symboles de la colonisation dans l’espace public et numérique (plaques commémoratives, statues, images stéréotypées). Un esprit de défiance se diffuse et se popularise contre un patrimoine artistique et iconographique de plus en plus contesté et décontextualisé. Les œuvres liées à l’univers esclavagiste, impérialiste, transatlantique ou postcolonial témoignent de mémoires historiques à interroger, pour mieux les comprendre et les déconstruire. Peintures, sculptures, gravures, photographies, mobiliers, objets, livres illustrés, renvoyant au fait colonial, conservés dans les musées, les bibliothèques, les centres d’archives et les collections privées du monde entier contribuent à faire parler le passé, éduquer les regards, susciter l’émotion, cheminer vers une forme de résilience. Si beaucoup de collections iconographiques ont contribué, à travers le temps, à diffuser des imaginaires impérialistes aux rapports déséquilibrés, à vulgariser et à enraciner les théories racialistes (A. Lafont), d’autres ont aussi dénoncé, par l’acte engagé de leur créateur, la violence du système de domination des peuples (M. Dorigny). La recherche dans les collections publiques et privées a en outre mis en lumière, dans le milieu artistique et culturel, des histoires chargées d'une présence diasporique souvent restées dans l’ombre. Elle a révélé des trajectoires de migration et de vie moderne évoluant au cours des décennies précédant et suivant les abolitions de l’esclavage. (D. Murrell). Les artistes avaient parfois des relations familiales et des amitiés proches avec leur modèle (D. Murrell, C. Lozère). Dès le XVIIIe siècle, l’identification, dans les sources primaires, d’artistes issus de la Caraïbe ou qui s’y sont installés (V. Poupeye, A. Cummins, C. Lozère), de pratiques et de traditions artistiques et artisanales insulaires, de contre-discours engagés, d’échanges et de métissages esthétiques, oblige à questionner ces œuvres, les trajectoires d’artistes ainsi que nos propres catégorisations et représentations mentales. Face à notre monde où la présence diasporique s’affirme, une histoire de l’art partagée et décentrée est à écrire. Il s’agit alors d’interroger comment les mémoires et les récits qui leur sont attachés, produits par le travail des artistes, se confrontent à ceux des empires (britannique, français, néerlandais et espagnol). Pourquoi ce patrimoine artistique est aujourd’hui rejeté ou révisé (S. Mintz, R. Price) ? Et dans quelles conditions intellectuelles, économiques et sociales se sont formés les répertoires esthétiques et le goût artistique dans une séquence historique dominée par l’esclavage (S. Gikandi), quelles marges de liberté avaient les artistes ?

Cet ouvrage examinera les approches méthodologiques, scientifiques et artistiques dans la valorisation et la gestion de ces collections à la mémoire sensible et fissurée. Il s’agira de montrer comment les chercheurs, les curateurs et les institutions muséales abordent désormais le passé esclavagiste et colonial ainsi que les questions raciales à travers une lecture analytique critique et historicisée des œuvres témoignant parfois de positionnements nationaux contrastés. La constitution et la provenance de ces collections seront interrogées ainsi que leurs fonctions, leurs inscriptions dans les espaces publics, privés, communautaires et familiaux, de même que les territoires de l’histoire, les cultures matérielles et visuelles, les séquences temporelles retenues (pré-esclavage, esclavage, abolition et batailles pour la citoyenneté, post-esclavage). Le rôle de l’exposition, comme espace d’études, d’échanges et de débats scientifiques, sera également questionné. Enfin, la parole sera donnée à des artistes sur leurs propres relations aux collections coloniales entre rejet, appropriation, détournement, déconstruction et reconstruction des formes.

Thèmes privilégiés :

- Approches méthodologiques, scientifiques et artistiques de la valorisation et de la gestion des collections muséales.

- Histoire de l’art et patrimoine colonial artistique de la Caraïbe, analyse critique et historicisé des œuvres

- Constitution des collections et leurs inscriptions dans leurs espaces d’accueil

- Relation des artistes contemporains aux collections coloniales caribéennes

Les articles sélectionnés donneront lieu à une publication en français dans le n°2 de la Revue du Macte. Une version en anglais est également prévue. Les propositions d’articles en français ou anglais, soumis au comité scientifique, sont à envoyer avant 31 juillet 2021 à l’adresse suivante : lozerechristelle@yahoo.fr ou christelle.lozere@univ-antilles.fr . Elles doivent comprendre un titre et un résumé de 150 mots maximum et une courte biographie en français et en anglais de 100 mots. L’ouvrage illustré sera constitué d’articles entre 15 000 signes et 20 000 signes.

Contact : lozerechristelle@yahoo.fr ou christelle.lozere@univ-antilles.fr

Coordinatrices du projet : Christelle Lozère (UA LC2S), Laurella Rinçon (Mémorial Acte)

Comité scientifique :

Ana Lucia Araujo, professeur d’histoire, Université Howard, Washington DC

Alissandra Cummins, directrice du Musée de la Barbade, UWI

Mamadou Diouf, professeur d’histoire, Université de Columbia, New York

Christelle Lozère, maître de conférences en histoire de l’art, UA LC2S, Martinique

Denise Murrell, conservatrice associée au Metropolitan Museum of Art, New York

Laurella Rinçon, conservatrice du patrimoine, Directrice générale du Mémorial Acte, MACTe Guadeloupe

https://pheeac-dev.pil-media.com/wp-content/uploads/2021/01/Appel-à-communication-Revue-MACTe-n2.2022-français-anglais.pdf

Nouvelle publication

Le LC2S a le plaisir de vous annoncer la parution de l’ouvrage de Lionel ARNAUD, Professeur de Sociologie à l’Université de Toulouse et collaborateur de l’équipe 3 FRACA.GE du LC2S,

La politique des tambours. Cultures populaires et contestations postcoloniales en Martinique, aux Éditions Karthala, 2021.

Le bèlè, le danmyé et la kalennda sont des danses et des musiques héritées de l’Afrique noire, de l’influence européenne et des contraintes du système esclavagiste qui font l’objet d’une attention renouvelée en Martinique, où associations et militants entreprennent de les faire passer du statut de « folklores » méprisés à celui d’instruments de reconnaissance politique, sociale et culturelle. Depuis plus d’un demi-siècle, les habitants de Bô Kannal, l’un des quartiers les plus défavorisés de Fort-de-France, ont contribué à ouvrir cette voie en faisant du carnaval un instrument de visibilisation, de promotion et de réinvention culturelles. Mais comment comprendre que des individus apparemment démunis soient parvenus à développer une mobilisation culturelle longue et intense à l’écart des institutions ?

Pour explorer les ressorts de cette énigme, ce livre s’appuie sur une étude serrée des acteurs et des pratiques de Tanbo Bô Kannal (TBK), une association créée par de jeunes habitants du quartier pour préserver et promouvoir leur « manière de vivre » et celle de leurs aînés. Dans le cadre d’une enquête ethnographique conduite entre 2011 et 2018, Lionel Arnaud a observé de l’intérieur les moyens mobilisés par les membres de ce collectif pour résister à l’emprise culturelle de la société dominante. En plongeant le lecteur dans l’histoire, l’espace de vie et les modalités d’organisation de ces militants, il montre comment les obstacles à l’agir culturel peuvent se muer en véritables incitations au changement social.

Plus d'infos sur le site de l'éditeur : https://www.karthala.com/questions-transnationales/3390-la-politique-des-tambours-cultures-populaires-et-contestations-postcoloniales-en-martinique-9782811128470.html

Livre
La politique des tambours, Lionel Arnaud